De Conflans à Clichy, pour empêcher le grand-chelem de la droite

A Conflans-Sainte-Honorine, hier matin, je m’arrête au café du marché. Je suis avec Christophe Paris, candidat avec Pascale Desnoyers dans le canton. La jeune fille qui est au bar me tend un café et son téléphone : elle a appelé sa mère, Sylvie, que je connais depuis longtemps, pour qu’elle me donne de ses nouvelles. Conflans, c’est ma famille : la ville où j’ai creusé un sillon, où j’ai acquis de l’expérience. Sans Conflans, sans ses habitants, je ne serais pas aujourd’hui Président de Région.

Christophe, à mes côtés, incarne une génération nouvelle, combattante, profondément attachée à son territoire. Sa campagne n’a pas été facile ; mais cette fois, le Front national n’est pas au second tour : Pascale et Christophe l’ont battu. Dès lundi, la gauche s’est rassemblée et parle désormais d’une seule voix. C’est une condition nécessaire à la victoire. En ce jeudi, au marché de Chennevières, nous nous attachons donc à convaincre que dimanche prochain, la victoire de la gauche est non seulement possible, mais essentielle. Laisser la droite de Pierre Bédier faire le grand chelem dans les Yvelines, ce serait laisser la porte ouverte au conservatisme. Pour la démocratie, il n’y a rien de pire qu’une « majorité introuvable », rien de pire qu’une assemblée sans opposition.

Ce même combat, je vais le mener quelques heures plus tard à Clichy-la-Garenne. Je veux éviter que la droite, dans les Hauts-de-Seine, fasse moins de solidarité, et qu’elle puisse le faire dans le silence, sans qu’aucune voix de gauche ne soit là pour le dénoncer, ni même le faire savoir. Sous l’impulsion de la gauche, le territoire se transforme. Un nouvel écoquartier sort de terre. Et la gare de Clichy va bientôt être rénovée, et elle sera désormais reliée directement à la Défense, sans qu’il y ait besoin de changer de train à Bécons-les-Bruyères. Deux façons d’améliorer la vie des gens.

A chaque endroit où nous sommes passés hier et avant-hier, dans les allées des marchés, chez les commerçants, dans la rue, j’ai rencontré des Franciliens convaincus de partager quelque chose en commun : ils disent que la période est difficile, taclent régulièrement « les politiques » qui peinent à les comprendre ; mais ils disent aussi qu’ils ont envie de se battre, de sortir de la nasse, de faire en sorte que les choses aillent mieux. Pas simplement pour eux, mais aussi pour les autres. Les bénévoles que nous avons rencontrées dans la Maison de Quartier de Clichy, qui donnent de leur temps pour que les enfants ne se retrouvent pas le soir dans la rue, parce que leurs parents travaillent, sont la preuve vivante que le repli sur soi n’a rien d’irrémédiable. La solidarité, le partage : deux mots qui n’ont absolument pas perdu leur sens, et que la gauche seule accompagne et met en œuvre.

Jean-Paul Huchon

A Bondy, en campagne

A Bondy, près de la gare, le mercredi est jour de marché, et donc jour d’effervescence. J’arpente les allées, pour échanger avec les Bondynois, et surtout les convaincre de voter dimanche prochain. Car la victoire du binôme formé par Sylvine Thomassin et Gilbert Roger est essentielle pour que la gauche continue à transformer la Seine-Saint-Denis et à améliorer la vie de ses habitants. Ici, gauche et droite sont au coude à coude. 50 voix les séparent. Le FN atteint près de 20% des suffrages. Nous sommes donc venus ensemble, avec les candidats, pour mobiliser les électeurs. Car ils sont plus de 15 000 à ne pas être allés voter au premier tour. Chaque voix conquise, chaque voix gagnée, chaque voix convaincue est décisive, car chaque voix compte.

Bondy est l’un ce des multiples visages de l’Île-de-France : ses habitants n’ont pas toujours une vie facile. Trouver un logement que l’on peut s’offrir est un enjeu du quotidien pour beaucoup de familles. A Coubron, dans le canton voisin, il n’y a encore aucun logement social. Les inégalités sont là, et elles sont fortes.

Mais c’est aussi une ville qui se transforme, pas à pas, pour offrir une vie meilleure à ses habitants et développer l’économie. A l’image des militants que j’ai croisés, ses habitants ont envie de voir les choses continuer de bouger et ils s’y engagent. Il y a un vrai bouillonnement. Qui ne connaît pas, aujourd’hui, le célèbre Bondy Blog ?

Accompagner Gilbert et Sylvine sur un marché à Bondy, c’est être au côté d’élus de terrain, totalement à l’écoute. Ils connaissent leur territoire sur le bout des doigts. Ils répondent à chaque demande, interpellent chacun par son prénom. Ce n’est pas quelque chose d’artificiel : c’est une marque d’engagement et de reconnaissance de ses concitoyens. C’est avec des élus comme ça, c’est en agissant ainsi que l’on contribuera, sans aucun doute, à combler la « fracture démocratique ». Celle qui sépare, pour beaucoup de Français les citoyens de leurs représentants. Voilà ma conviction profonde.

Sur le marché, une mère de famille me pose une question sur un CFA dans lequel elle voudrait voir entrer son fils. Je lui réponds, et je me dis que désormais, les Franciliens savent ce que fait la Région, et que c’est déjà un grand progrès : ils savent à quelle porte frapper.

Une militante qui nous accompagne me fait soudain remarquer que la gauche avait promis aux étrangers présents depuis longtemps le droit de vote aux élections locales. Et cette promesse, qui a suscité tant d’attente, tant d’espoir, n’a pas encore été tenue. Nous sommes à quelques jours d’un scrutin majeur pour l’avenir de la Région capitale. Certains pourraient voter, mais ils ne le font pas. D’autres voudraient voter, mais ils ne le peuvent pas. Et ce sont eux, plus que d’autres, qui nous rappellent combien la démocratie ne vit qu’à travers une exigence : exercer son droit de vote.

Jean-Paul Huchon

L’UMP veut moins de solidarité, le FN veut la faire disparaître. Dimanche, rassemblons nous!

Ce premier tour s’annonçait difficile ; mais s’il faut savoir regarder les choses en face, ceux qui pensaient que la gauche départementale finirait dans les limbes de l’Histoire en sont pour leurs frais, car les jeux ne sont pas faits.

La campagne a prouvé qu’à la tête d’un département, la gauche et la droite ne faisaient pas la même chose. Et les Français l’ont compris. Le « cœur de métier » des départements, si j’ose dire, c’est la solidarité. La droite la gère sans entrain, « à la papa », parce qu’elle n’y croit pas. La gauche y croit ; elle se donne les moyens d’agir.

Regardez dans le Val de Marne : le département améliore la mobilité des jeunes en remboursant un peu plus la carte Imagine R. Les Hauts-de-Seine n’y songeraient même pas.

Regardez en Essonne : le département a mis l’accent sur l’accompagnement des personnes âgées avec la création de maisons de retraite publiques pour tous. Les Yvelines ne s’en préoccupent pas autant. Les exemples ne manquent pas.

Une majorité de droite, en Seine-Saint-Denis, dans le Val-de-Marne, ce serait l’endormissement des territoires et le réveil des inégalités. Le grand chelem de la droite dans les Yvelines et dans les Hauts-de-Seine, c’est la porte ouverte au conservatisme. Et nous devons nous battre sans relâche pour l’empêcher.

Ce que nous devons empêcher à tout prix, c’est aussi l’entrée, dimanche prochain, du Front National dans l’un des sept conseils départementaux d’Île-de-France. Il faut le dire et le démontrer, sans cesse : les projets de l’extrême-droite sont délétères pour notre pays. Ils sont néfastes pour nos territoires. Là où nous voulons unir, le Front National divise. Il veut nous enfermer dans le repli, qui est la marque du déclin, quand nous voulons construire l’avenir, et nous battre pour que chacun y ait sa place. Cela justifie pleinement l’engagement du Premier Ministre dans cette bataille.

Il est évident que les Français nous interpellent. Il est évident que le Front National prospère sur des peurs, sur des silences, sur des colères et sur des désespoirs que nous n’avons pas toujours su écouter. Je l’ai déjà écrit et j’y reviendrai encore et toujours.

Mais n’abandonnons pas ceux qui n’y croient plus. Pour ce deuxième tour, allons au combat et arrêtons nos querelles de vestiaires. Allons arracher un à un les électeurs du FN, comme le Président de la République nous invitait à le faire, il y a quelques jours encore. Montrons-leur que ce n’est pas en surfant sur leur colère, comme le fait le FN, qu’on règlera leurs problèmes : c’est en répondant, très concrètement, à ce qui suscite leur colère et leur déception que leur vie sera meilleure. Et en l’espèce, lutter contre l’exclusion sociale et territoriale, redonner de la perspective à ceux qui n’en ont plus, la gauche sait le faire, elle l’a prouvé en Île-de-France. Et elle est prête à le faire encore et encore.

L’heure n’est pas encore aux analyses fouillées sur l’état de la gauche. L’heure est au combat et au rassemblement de tout ce que compte la gauche, pour gagner, dimanche prochain, le plus de cantons possibles. L’heure est à la mobilisation massive de tous les électeurs de gauche, et en particulier de ceux qui n’ont pas voté dimanche dernier, quelles qu’en soient les raisons. L’heure est au combat, dans les 56 cantons d’Île-de-France où le FN sera au second tour. Ce doit être notre seule priorité, notre seul objectif : hier comme aujourd’hui, je serai sur le terrain avec toute la gauche unie et rassemblée.

La gauche ne rassemble jamais autant que lorsqu’elle est unie

On ne gouverne pas sans un échange permanent avec ceux qui vous ont accordé leur confiance et ont voté pour vous. Comme avec ceux qui ne l’ont pas fait. J’y passe du temps. Sur les marchés, dans les rues, dans les gares. Je m’imprègne. J’écoute. Je m’efforce toujours de comprendre (avant d’apporter des réponses). A fortiori pendant ce temps de campagne.

Pour les candidats socialistes qui se sont engagés dans la bataille des départementales, et que je suis venu soutenir, la campagne est dure. Elle est dure, mais l’énergie et la conviction restent intactes. J’ai beau avoir une certaine expérience en la matière, je reste à chaque fois impressionné par la façon dont ils se rendent disponibles, et par la manière dont ils prennent ce temps d’écouter. Avoir le souci des autres, de ce que vit chacun et de ce qu’il ressent, ce n’est pas simplement ce qui fait un bon candidat : c’est ce qui fait un bon élu.

Chaque canton d’Île-de-France a ses spécificités. Chaque territoire a ses atouts et ses difficultés. A Cergy ou à Torcy, les habitants me parleront plus souvent des problèmes du RER A qu’à Suresnes, où les habitants se sentiront plus concernés par le logement. A Villiers-le-Bel, on évoquera plus facilement la difficulté à trouver du travail, les discriminations, dix ans après les émeutes de 2005, qu’on ne m’en parlera dans le canton de Nemours, où c’est le cadre de vie ou la désindustrialisation qui préoccupent.

Je suis allé dans ces communes et dans bien d’autres encore. En parcourant l’Île-de-France, on percevra bien entendu ces différences ; et si l’on ne fait que s’y arrêter, on y verra le signe d’un repli sur soi. Un refus de se préoccuper de ce qui se passe ailleurs, alimenté par une peur – réelle, compréhensible – de perdre parfois le peu qu’on a, tant le quotidien est difficile. Mais si l’on s’arrête uniquement là, on manque l’essentiel.

L’essentiel, ce sont bien sûr ces problèmes de tous les jours, qu’il faut s’attacher à résoudre très concrètement, mais c’est aussi la conviction sincère qu’on ne les résoudra pas en s’isolant des autres. J’ai entendu des Franciliens qui, au-delà de leurs différences, savent qu’ils partagent des préoccupations communes. Il y a encore et toujours le rapport au cœur de l’agglomération qui reste toujours difficile, que l’on soit en petite ou en grande couronne comme on dit encore. Pour les militants, qui sont sur le terrain ces derniers jours, c’est d’autant plus perceptible qu’il n’y a pas d’élections départementales à Paris – comme si tous ne partageaient pas la même vie démocratique. Surtout des Franciliens qui savent intuitivement que les solutions ne peuvent être que collectives et sont souvent à rechercher au-delà de leur propre territoire.

Au fond, beaucoup de Franciliens ont ce que j’appellerais sans doute un peu maladroitement un « désir d’unité » : une volonté de voir leurs élus, leurs représentants, marcher dans le même sens, poursuivre un même objectif, le faire de façon plus juste.

L’unité ne va pas de soi : elle est faite d’audace et se construit dans le progrès que l’on partage. La gauche, quand elle ose et quand elle avance rassemblée, sait répondre positivement à ce désir d’unité. Et avant que nous n’allions tous voter, dimanche prochain, je crois qu’il est important de nous remémorer tout ce qui a été fait pour l’unité, et tout ce qui peut être encore fait. Je pense évidemment au pass Navigo unique. Je pense à la protection des plus fragiles – des plus âgés aux plus jeunes, des personnes en situation de handicap. Je pense aux transports scolaires. Je pense à la construction de logements. Je pense à la protection de notre agriculture et à la protection de l’environnement. Je pense à l’éducation de nos enfants – dans les collèges, les lycées. Ces politiques, porteuses d’unité, ont toutes été menées par la gauche. Les départements de gauche ont été des chevilles ouvrières de cette politique, et nous avons d’ailleurs bien travaillé ensemble jusqu’à aujourd’hui. La droite a toujours été plus réticente à aller dans ce sens. Ce n’est pas faire preuve d’esprit partisan que de le constater.

La gauche travaille mieux et davantage à l’unité, lorsqu’elle est elle-même unie. Que la gauche parte divisée dimanche prochain, ce n’est pas vraiment compris. Cette division semble bien lointaine de tout ce qui a pu être fait pour les habitants par des majorités de gauche rassemblées au sein des Conseils généraux. Et cela m’inquiète : car le repli des partis politiques finit par faire le lit du repli sur soi, c’est-à-dire le lit de la droite extrême.

Je ne suis jamais aussi confiant dans l’avenir de mon pays, et dans celui de ma région, que lorsque la gauche est rassemblée, et que les territoires le sont aussi. Nous avons, réellement et collectivement, besoin de départements à gauche. C’est le message que je continuerai à porter avec les candidats socialistes dans ces derniers jours de campagne.

Lettre ouverte à ceux qui n’y croient plus

Aujourd’hui, j’écris à tous ceux qui déclarent que la politique, ils ont déjà donné, on ne les y reprendra plus. J’écris pour ceux qui affirment que les élus ne comprennent pas leurs problèmes, parce qu’ils ne sont pas comme eux. Je m’adresse à tous ceux qui sont persuadés que les vraies questions ne sont jamais posées et les vrais problèmes toujours éludés. Je veux parler à ceux qui sont tentés de rester à la maison, les dimanches d’élection. A ceux qui commencent à se dire que « Marine » n’est pas comme tous les autres, parce qu’au moins, elle dit les choses et comprend les gens.

Commençons par reconnaître que si nous en sommes là aujourd’hui, c’est parce que des erreurs ont été commises et que nous avons tous laissé s’installer une incompréhension mutuelle. Commençons par reconnaître une responsabilité. Ma génération en a et je n’ai pas peur de le dire : j’ai acquis suffisamment d’expérience et de recul pour être capable de l’assumer.

Tout ce que nous avons accompli en étant au pouvoir, nous l’avons fait, sincèrement, honnêtement, en pensant à l’intérêt général. Mais à force d’exercer le pouvoir, nous l’avons gardé entièrement. A force de l’exercer, nous avons fini par confondre ce que vous viviez au quotidien et ce que nous en disaient les experts. Leurs mots, mêmes, sont devenus les nôtres. C’était à nos yeux un gage de compétence. Un gage de sérieux. Ce n’est pas une faute, mais c’est devenu un décalage, un gage de distance entre vous et nous. Au lieu de parler de travail, nous parlons de croissance. Au lieu de vous demander pourquoi, à vos yeux, nous voulons continuer à vivre ensemble aujourd’hui, nous avons cru le savoir mieux que vous. Nous avons fait ce que Saint-Simon pensait qu’il fallait faire : nous avons « remplacé le gouvernement des hommes par l’administration des choses ». Comment s’étonner que nos appels au vote résonnent parfois dans le vide ? Nous n’en appelons fortement aux citoyens que pour voter, alors que trop souvent nous nous éloignons d’eux pour décider.

Vous avez été déçus. Vous avez parfois, par la suite, été en colère. Certains d’entre vous sont même sans doute aujourd’hui désespérés. Il nous est arrivé de refuser de croire en votre déception. Il nous est parfois même arrivé de penser que votre désespoir n’était pas légitime. Et c’est là, sans aucun doute, la plus grossière des erreurs : les émotions ne se discutent pas. Elles sont légitimes parce qu’elles sont là. Ce qui se discute, ce sont les causes qu’on leur attribue, les conséquences qu’on leur prête, les réponses qu’on leur apporte, les responsabilités que l’on est en droit d’imputer. Mais pas les émotions.

Ce que Marine Le Pen a compris, ce ne sont pas vos problèmes. Ce qu’elle a compris, c’est qu’en partant de votre déception, en parlant de votre désespoir, en reprenant les mots que nous avions abandonnés, elle pouvait donner une légitimité nouvelle à des idées qui elles, ne l’étaient pas du tout – et ne le sont toujours pas.

Je connais bien Marine Le Pen. Elle a été conseillère régionale d’Ile-de-France. Je la connais bien, et je l’ai même battue. Sa vision du monde ne nous rassemble pas. Elle ne nous ressemble pas. Ses idées, ici, ont échoué. Mises en œuvre, elles ne feraient qu’empirer les problèmes.

Alors, que fait-on ? Attend-on de donner raison à ceux qui disent que la France est faible et les Français fatigués ? Non. Parce que c’est faux. Parce que leur discours n’est qu’un précipité d’aigreurs qui n’est pas à la hauteur de ce que nous sommes tous capables de faire. Parce qu’il n’est ni nécessaire, ni utile, de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Ce qu’on fait, c’est qu’on retrouve le respect réciproque. On redescend dans l’arène. On vient se parler. On décide ensemble et on agit. On fait confiance. Car nous avons, les uns et les autres, autre chose à dire et à montrer. Rien n’est irrémédiable, à condition qu’on laisse un espace au dialogue et qu’on travaille tous les jours, en respectant sa parole, à améliorer le quotidien de chacun, sans faire de compromis sur l’essentiel – la République, le vivre-ensemble.

L’Ile-de-France a toujours été une région à part. Elle a souvent été en avance. Plus ouverte. J’ai toujours veillé à ce que nous travaillions ensemble pour faire avancer les choses. Je ne renie donc rien des décisions que j’ai prises jusqu’à aujourd’hui, car je crois qu’elles nous ont permis d’avancer : l’argent que nous avons consacré aux transports, au logement, aux lycées, aux entreprises, à l’apprentissage et à la formation professionnelle…

Mais la situation que nous vivons aujourd’hui nous invite à faire un saut : inventer de nouvelles formes d’association, pour que chacun sente qu’il a toute sa place ; imaginer de nouvelles politiques, qui renforcent notre unité et nous donne un sentiment d’appartenance. Je pense par exemple qu’ici, le pass Navigo unique ouvre de nouvelles portes : parce que j’avais promis de le faire, et que nous le faisons, et parce que chacun se sait, avec lui, faire partie de la même région et être considéré de la même façon.

Alors discutons, débattons, décidons en Ile-de-France, travaillons ensemble. Ouvrons davantage, et toute l’année, ce qui ne devrait jamais être fermé, sans pour autant transiger sur l’essentiel.

Jean-Paul Huchon

50 jours après « Charlie »

50 jours après « Charlie », quel chemin avons-nous parcouru ? Tant de choses ont été dites et écrites sur ces attentats et ce qu’ils révélaient de l’état de notre société ; peut-être plus encore sur ceux qui étaient présents dans les rassemblements du 11 janvier et sur ceux qui n’y ont pas participé. Très vite, on a vu surgir des questions identitaires : ce serait le révélateur d’une montée des communautarismes et d’un repli sur soi, d’un retour en force du religieux dans la sphère publique. Je n’ignore pas les thématiques identitaires – il est difficile de les ignorer tant elles sont aujourd’hui au centre du débat politique. Mais disons-le tout net : je crois qu’en posant les choses de cette façon, on en vient à manquer une partie du problème. On prend, si j’ose dire, les symptômes pour la maladie, au risque de l’aggraver. Car de mauvaises questions n’apportent que de mauvaises réponses.

Or la responsabilité d’un élu, c’est précisément d’apporter des réponses. En particulier à ceux qui n’en ont jamais eues, et qui souffrent de ne pas en avoir. En particulier à ceux qui se sentent à part, relégués, humiliés, oubliés, parce qu’on ne prend pas le temps de les écouter. Si on veut le faire avec intelligence, il faut commencer par regarder ces événements avec lucidité et avec humilité : c’est à mes yeux la seule méthode qui vaille – du moins celle que j’ai forgée au fil du temps.

Ces cinquante derniers jours ont donc été pour moi le temps du dialogue, de la réflexion et de l’écoute. Avec les jeunes notamment. Je suis d’abord allé dans des lycées. A Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, où les élèves ont passé la journée reclus à l’intérieur de l’établissement, à quelques centaines de mètres à peine des Frères Kouachi – un lycée que nous avons inauguré il y a à peine 18 mois. Je suis allé à Epinay-sur-Seine en Seine-Saint-Denis, au lycée Feyder, où les problèmes de sécurité aux alentours de l’établissement sont récurrents. Je suis allé dans un grand lycée parisien – Henri IV, pour ne pas le nommer – où les enjeux de sécurité et les trajectoires individuelles ne sont évidemment pas tout à fait les mêmes. J’étais présent quand le Gouvernement s’est rendu dans un lycée à Brie-Comte-Robert, je suis aussi allé dans un organisme de formation professionnelle parisien, qui accueille plutôt des jeunes en rupture de ban avec l’école, et j’étais hier encore dans un Lycée à Charenton. Je poursuivrai ces échanges en allant à la rencontre des élèves à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans un Centre de formation à Créteil, à l’ORT à Paris…

Dans ces univers si différents, qui appartiennent pourtant à la même région, nous avons de longs échanges. Avec les élèves, avec les enseignants. La liberté de parole est totale. Ces échanges sont parfois difficiles – à quoi bon le cacher ? – mais jamais nuisibles : ils ont toujours été très fructueux. Avec ceux que j’ai rencontrés, nous avons, bien sûr, parlé de Charlie. Mais nous avons surtout parlé de leur vie. Et quel que soit l’établissement, un point revient, encore et encore : ce sont les inégalités – sociales et territoriales – les discriminations – de genre ou d’origine – qui sont des plaies béantes de leur vie et nourrissent la peur et le repli sur soi.

Pour faire face au repli sur soi, il y a la citoyenneté et l’éducation bien entendu ; mais il y a également – et c’est le cœur de notre métier, à la Région – la lutte contre les inégalités, qui se manifestent autour de bien des choses : problèmes de mobilité, décrochage scolaire, problèmes de logements, problèmes de discrimination, problème de chômage. C’est là que se jouent ces fractures dont on parle beaucoup et à raison : elles sont sociales, bien sûr, mais elles sont aussi économiques et territoriales. Ce sont les dégâts collatéraux d’une mondialisation qui produit des inclus mais aussi des exclus, qui alimentent la peur et le rejet de l’autre dont se nourrit notamment l’extrême-droite.

Je l’ai déjà écrit par le passé : l’extrême droite instrumentalise ces inquiétudes. Ces échanges avec les lycées et les jeunes franciliens montrent qu’il nous faut conduire sans relâche ce travail de lutte contre les discriminations, contre les inégalités territoriales et sociales : notre modèle républicain repose sur un refus des fractures de toutes sortes, au nom de l’égalité entre les citoyens. Ces fractures appellent des réponses très concrètes, très réelles et c’est le sens même de notre action à la Région et dans les collectivités : améliorer les conditions et les parcours de vie, en investissant dans les transports, en rénovant des lycées, en luttant concrètement contre les discriminations, en accompagnant l’entreprenariat dans les quartiers, etc. La Région sait faire, à sa place, à son niveau. Et j’attends du Gouvernement, lors du comité interministériel du 6 mars prochain, qu’il accompagne l’action des élus locaux sur le terrain. Car si nous voulons agir avec efficacité pour l’égalité réelle, il faut une action de concert entre l’Etat, garant des solidarités et des libertés, et les collectivités locales, porteurs de projets et de proximité.

Jean-Paul Huchon

Pourquoi Rust never sleeps aurait pu être un livre… et pourquoi c’est un blog

Ecrire pour prendre un peu de distance. Pour raconter les choses telles qu’elles se font : c’est un besoin que j’éprouve souvent. Je dirais que les événements que nous avons vécus ces dernières semaines nous y obligent. Les attentats odieux qui ont frappé l’Ile-de-France, au cours desquels 17 Français ont péri, le sursaut inouï qui s’en est suivi, marquent sans doute un avant et un après dans l’histoire que nous écrivons. Janvier 2015 est une date qui restera dans nos mémoires, à tout le moins dans la mienne. Elle mérite qu’on en raconte la suite. J’ai donc voulu reprendre la plume.

Mais pas pour écrire un livre politique. Pas cette fois. Des livres politiques, j’en ai faits. Ils ont même eu leur succès. Des jours qui ont suivi mon expérience à Matignon jusqu’à la grande crise financière de 2008, qui a balayé nos certitudes, je me suis prêté au jeu. J’ai voulu, cette fois, m’y prendre autrement, en ouvrant ce blog. Exercice aussi conventionnel sans doute que nouveau pour moi.

Je fais ce choix parce qu’aujourd’hui, le livre politique n’est plus une fin en soi. C’est un prétexte pour faire son autopromotion sur les plateaux de télévision. Certains le feront mieux que moi.

Je fais aussi ce choix, parce que je suis de plus en plus convaincu qu’aucun lecteur, qu’aucun citoyen-lecteur un tant soit peu avisé, n’attend de parole venue « d’en haut ». Personne aujourd’hui, n’attend d’un élu qu’il lui déroule des solutions toutes faites. Chacun veut participer à sa construction.

Je suis toujours dubitatif face à tous ceux qui prétendent qu’on ne fait pas assez de « pédagogie », et que c’est là que résiderait la crise de confiance qui mine aujourd’hui notre pays. Je crois bien plutôt qu’on ne fait pas assez confiance aux gens. Que l’on n’associe pas assez chacun à la décision. Que l’on ne partage pas assez les expériences. Que l’on ne construit pas assez ensemble les politiques publiques. Mon côté deuxième gauche, sans doute : dans ma façon d’exercer le pouvoir, je vais davantage puiser dans le répertoire de l’autogestion que dans celui de l’Etat omnipotent.

De fait, ceux qui me connaissent le savent, ceux qui m’ont déjà lu aussi : je ne suis pas un théoricien. La gauche en a de bien plus brillants que moi. Elle en a même sans doute un peu trop. Ce qui m’intéresse, c’est d’abord d’améliorer la vie des gens, de faire avancer l’Ile-de-France, sans laisser personne au bord du chemin. Ce qui suppose du temps, de l’écoute, du dialogue, du partage, du travail pour trouver des points d’accord et faire réellement et concrètement advenir les choses. C’est à mes yeux la première responsabilité de ceux qui gouvernent. C’est en tout cas ce que je m’efforce de faire à travers les politiques que nous menons à la région.

Ce projet d’un nouveau genre, je vous propose donc que nous l’écrivions ensemble. Dans cet espace, je vous invite à contribuer. Que vous soyez d’accord ou non avec moi. Je dirais même : surtout si vous n’êtes pas d’accord ! Je suis ouvert aux idées, aux remarques, aux échanges constructifs. Et si ces conditions sont réunies, je ne manquerai pas de vous répondre.

Un dernier mot sur le titre de ce blog, « Rust never sleeps ». J’aurai pu, bien entendu, céder à la convention et l’affubler de mon propre nom, mais cela aurait eu peu de sens au regard de ce que je veux en faire. Car s’il est un espace personnel, ce blog est surtout un lieu d’échanges.

Pas jeanpaulhuchon.org, donc. Mais alors pourquoi « Rust never sleeps » ? Rust never sleeps, c’est le titre du onzième album de Neil Young. Une référence rock absolue. Un artiste à la créativité et à la longévité délirantes. Un ancien qui a tout fait, de la folk à l’expérimentation électronique, en passant par le rock progressif et le grunge. Un musicien qui a su durant toute sa carrière se renouveler, partager, travailler avec d’autres, parfois plus jeunes. Et comme tout le monde, quelque part, je cherche à ressembler à ceux que j’admire.

Jean-Paul Huchon